23 de maig 2013

Ua critica d'Alem Alquièr sus Transpòrts Tisnèr SA dens Pastel revista electronica deu COMDT

Transpòrts Tisnèr S.A., Joan Francés Tisnèr - chronique CD

Écoutez : c’est du bruit, des bruits, plutôt. Des déplacements de populations (humaines et animales), assorties d’un discours sifflé : c’est du Silbo Gomero, exprimé par David Diaz Reyes, ethnomusicologue, spécialiste de la chose.
Puis des « chansons de neuf » (ou de moins) se succèdent, avec de savants arrangements, de subtils mélanges de polyphonie vocale et de machines… le sample et la luette.
Joan Francés Tisnèr est passé maître dans la confection de chansons à accumulation : il n’hésite pas à répéter plusieurs fois de suite le même couplet, prétexte à poésie…
Cette accumulation est comme un élément obsessionnel de vocabulaire de l’album. Et J. F. Tisnèr utilise de riches jeux de combinaisons pour une œuvre tout aussi riche, remplie de sens… on en prend plein les oreilles ! Combinaisons littéraires ou mathématiques, combinaisons chorégraphiques (il utilise jusqu’à la codification complexe du saut béarnais) ou acoustiques, puisqu’il est question d’« octophonie » pour le spectacle éponyme.
Jakes Aymonino joue un open tuning qui n’est pas sans rappeler John Renbourn ou Crosby Stills & Nash ; il est vrai que ce type d’accompagnement à la guitare (une autre manière d’appréhender l’accompagnement autamborin) colle parfaitement aux choix esthétiques de Tisnèr quant à la voix, qui peuvent aussi bien se révéler rythmiques et inattendus qu’obsessionnels (et qui confinent parfois au méditatif). Autre type de combinaison, celle des voix, précisément : celle de J. F. Tisnèr, on le sait, est haut perchée, et le mélange avec celles de Roman et Matèu Baudoin et de J. Aymonino provoque tantôt un sol fertile cultivé avec force et régularité, tantôt un commerce qui confine au motet…
Quoi qu’il en soit, cet album nous offre tous types de « transports » : ne les modérons surtout pas et goûtons leurs subtilités, de la marche à pied (en 6/8, ou encore bien « au fond » en 2/4 dans la neige…) à l’avion, en passant par l’automobile (chanson en référence à Tintin au Congo !), le vélo (qui exprime aussi bien le plaisir que la souffrance, bref, le sport), le camion ou le train (en polka). Autant de traits intelligents pour un album excellent, où les compositions – toutes de Tisnèr – et les arrangements se bousculent dans une unité tranquille. Mention spéciale pour Crane Airways, une équipée irréelle qui nous soulève à dos de grue de la Gascogne à la Suède (et retour)… avec le cri des grues cendrées qui hibernent dans la réserve naturelle d’Arjusanx (Landes).
Tout l’album est un aboutissement acoustique, une multitude de sons disposés pertinemment, de la chanson à danser, des tranches de vie… Écoutez : c’est de la musique.
Alem Alquier